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Vanipur

Grandeur et décadence de la vanille Malgache


La flambée était trop belle

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Les planteurs, transformateurs et exportateurs de la vanille malgache se sont considérablement enrichis au cours des quatre dernières années.

Les Assises internationales que vient d’organiser Madagascar ne sauveront probablement pas la campagne d’exportation de la vanillede cette année. Après avoir subi la flambée des prix (multiplication par dix) les importateurs se sont tournés vers une vanille de synthèse améliorée. Il faudra beaucoup d’efforts pour qu’ils accordent à nouveau leur confiance à la vanille naturelle de la Grande Ile.

Jean-François Rafidy, planteur de vanille à Sambava, au centre de la principale région de production du premier pays exportateur mondial, officie comme chauffeur de luxe au volant de son beau 4x4 durant les « Assises internationales de la vanille naturelle » à Madagascar.

Mais ce luxe est précaire : les cours qui flambaient sont tombés au plus bas, et la vanille naturelle malgache tente de survivre face aux produits de synthèse. « L’année dernière, sur mes 15 hectares de plantation, j’ai produit 300 kg de vanille noire, vendue à 2,5 millions de francs malgaches le kilo, soit 750 millions en tout » (107 000 euros), se rappelle Jean-François.

Les affaires ont été exceptionnelles, comme en témoignent sa voiture, sa belle chemise, son costume malgré la lourde chaleur humide, ses souliers vernis. Il s’est offert aussi une grande maison à Toamasina (ex-Tamatave), le principal port du pays, à 500 km au sud. « Comme tout le monde ici, j’ai tout dépensé car je pensais que 2004 serait encore meilleur », soupire-t-il.

« Nos fournisseurs nous proposaient le kilo de vanille de Madagascar à 450/500 dollars en 2002, contre 50 dollars en 1999 », se rappelle un acheteur, Jean-François Bâ, responsable du développement des arômes pour une grande marque de yaourts et boissons lactées. Aujourd’hui, les cours ont chuté jusqu’à 20 dollars (16 euros) le kilo.

« C’est trop tard »
« Nous ne vendons pas plus cher notre vanille préparée », se plaint le maire d’Anjombalava, un village de brousse producteur de vanille, à 36 km de Sambava. Là, on découvre l’environnement qui fait de la vanille malgache la meilleure au monde : un climat tropical humide, une liane de vanille qui grimpe le long d’un arbre tuteur entretenu, un ombrage subtil, un arrosage naturel fréquent, un sol bien drainé.

Pourquoi cette chute des prix, si brutale ? Parce qu’un produit de synthèse a supplanté la vanille naturelle. Début 2003, l’industrie a abandonné la vanille naturelle au profit de la vanilline extraite de la betterave, dite « nature identique », qui coûte cent fois moins cher. Les consommateurs ne voient pas la différence ».

Même à bas prix, Madagascar n’a vendu qu’un peu plus de la moitié de sa production 2003 de vanille naturelle. Et encore, elle avait été réduite de moitié ou des deux tiers par de mauvaises conditionsmétéo, à 500 tonnes au lieu des 1 000 à 1 500 tonnes habituelles. « Sur les 500 tonnes, 200 sont encore sur les bras des exportateurs », avoue Georges Randriamiharisoa, président du groupement national des exportateurs de vanille (GNEV).

Madagascar espère en ces Assises pour relancer sa vanille naturelle sur le marché, et faire remonter les cours. « C’est trop tard», estime Laurence Cailler-Larcebeau, PDG d’une société de négoce française, qui travaille depuis douze ans pour des clients européens et japonais.

Toutes les formules de produits des industriels sont passées en « nature identique », ils ne reviendront pas. Cependant, beaucoup de clients ont des idées de produits à base de vanille naturelle. Il faut laisser un peu de temps, qu’ils reprennent confiance dans la vanille malgache. Si c’est le cas, ce ne sera qu’un marché de niche, mais qui a de l’avenir ».

Jean-François Bâ l’approuve : « Le mal est fait, il fallait qu’ils tiennent ces assises début 2003. Si les prix se maintiennent pendant cinq ans autour de 50 euros le kilo, il y aura de nouveaux créneaux pour la vanille malgache. Je pense notamment au « bio», particulièrement pour les « baby-food », ou encore aux produits haut de gamme des pâtissiers, crémiers, confiseurs ou sucriers ».

 

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